Les écoles de hameaux du Finistère

École du QuinquisCommune de Fouesnant

 
Deux programmes importants de construction d’écoles de hameaux sont lancés à la fin du XIXe siècle dans le Finistère : le premier dans l’arrondissement de Quimperlé [1], suivi quelques mois plus tard d’un second dans les quatre autres arrondissements du département.
Quimperlé, choisi par le ministère de l’Instruction comme zone test, bénéficie d’une prise en charge totale de 18 écoles de hameaux.
Un budget de 900 000 F, alloué aux autres arrondissements, permet la construction de 49 écoles.

Pour en savoir plus sur ces deux programmes, c’est par ici !

L’école décrite ci-dessous entre dans le cadre de ces programmes.

 

Préambule

Le plus grand obstacle à ce que l’éducation primaire s’étende dans les campagnes principalement, est la dispersion des habitations. Peu de communes, même les plus populeuses, offrent une portion considérable de population agglomérée. Les hameaux (appelés villages) sont très multipliés et écartés du chef-lieu ou clocher (appelé bourg), qui lui-même ne se compose que d’un petit nombre de maisons voisines de l’église. D’ailleurs les communications sont très difficiles, les chemins vicinaux étant boueux, pendant la plus grande partie de l’année,… » [2].

Cette situation décrite le 31 mai 1817 par le préfet d’Ille-et-Vilaine d’Allonville dans un rapport qu’il adresse au ministre de l’Intérieur est tout à fait celle constatée dans le Finistère par les dénombrements de population de 1881 [3] : ceux-ci montrent en effet que seulement 15 à 20 % de la population des communes rurales habitent dans un bourg !
En 1876, une circulaire [4] du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts avise les préfets de dispositions du gouvernement tendant à mailler le territoire d’écoles primaires de façon à ce qu’elles soient « à portée des familles, et que, dans aucun cas, l’enfant de six à treize ans n’ait à parcourir une distance tellement grande que son assiduité ne puisse être raisonnablement exigée ».
 

La commune de Fouesnant

En 1881, Fouesnant est une commune de près de 33 km² alors que la moyenne finistérienne à cette époque est d’environ 24 km². C’est donc une grande commune.
Sa population est de 2 225 habitants dont 272 personnes habitent le bourg. Le reste de la population, soit environ 88 %, habite de nombreux petits hameaux.
 

En 1882, le préfet demande la création d’un nouveau groupe scolaire au bourg. Mais le conseil municipal préfère créer « une double école de hameau dans une position accessible aux villages populeux de la région dite Le Bas-Fouesnant ».
 

En effet, les enfants trop éloignés du bourg et habitant le nord de la commune peuvent être scolarisés à La Forêt-Fouesnant, à Pleuven ou à Saint-Évarzec. Mais, ceux du sud ont, pour beaucoup, plus de trois kilomètres à parcourir matin et soir. De ce fait, leur scolarité commence rarement à six ans.
 

Deux autres écoles de hameaux sont aussi créées à la même époque dans des communes voisines :
 à La Boissière, commune de Beuzec-Conq
 au Perguet, commune de Bénodet
Carte de Fouesnant et des environs vers 1880 avec emplacement des écoles de hameaux, © 2026, Bernard Kerneis.

 

L’école de hameau du Quinquis

➥ Le projet

• 9 novembre 1882 : le préfet demande la création d’un nouveau groupe scolaire au bourg. Mais le conseil municipal préfère créer « une double école de hameau dans une position accessible aux villages populeux de la région dite Le Bas-Fouesnant ». Le village de Lestrézivit est choisi pour sa position géographique.
• 22 octobre 1883 : un projet, présenté par l’architecte Bigot (père) est approuvé par le ministre sous réserve de quelques modifications. Le coût de la construction est fixé à 20 400 F.
• novembre 1883 à juin 1887 : de nombreux problèmes s’accumulent (choix de terrains en différents lieux, divers soucis administratifs, contestation d’une première adjudication...).
• 9 août 1887 : une nouvelle adjudication a lieu. Louis Bergé, menuisier et maire de Pont-Aven, remporte le marché.

Archives départementales du Finistère, 2 O 878, placard adjudication, 1887.

 

➥ La construction

Le Relevé Général des Constructions Scolaires, établi pour la période de 1878 à 1885, indique le coût de l’école et les subventions accordées.

Décision du22/10/1883
Montant du projet20 900,00 F
Financement
par la commune (Caisse des écoles)0,00 F
par la commune (autres ressources)0,00 F
par le département0,00 F
subventions de l’État20 800,00 F
Coût réel20 800,00 F
Archives départementales du Finistère, 1 T 109, Relevé Général des Constructions Scolaires (1er juin 1878 - 20 juin 1885).

 

➥ Les élèves

L’école ouvre en mars 1888.

en mai 1888
Nombre de classes2
Nombre de places110
Nombre d’élèves20

 

➥ Les premiers instituteurs

L’ouverture de l’école du Quinquis est faite par un couple d’instituteurs : M. et Mme Kerloc’h.
• Jean Marie Kerloc’h est né le 21 février 1861 à Quimper. Il obtient son Certificat d’Aptitude Pédagogique le 18 mars 1885. Il enseigne à Briec (Landrévarzec) [5] et le 30 mars 1888, à 27 ans, il est nommé instituteur public à l’école du Quinquis. Le 31 octobre 1888, il est nommé à Lestonan à Ergué-Gabéric.

• Francine Marie Kerloc’h (née Pan) est née le 28 mai 1867 à Quimper. Elle enseigne à Briec (Landrévarzec) [1] et le 30 mars 1888, à 21 ans, elle est nommée institutrice publique à l’école de Quinquis. Le 31 octobre 1888, elle est nommée à l’école de hameau de Lestonan à Ergué-Gabéric.
 

➥ Et après...

• 10 décembre 1912  : un courrier de l’inspection académique au préfet nous apprend qu’une cantine scolaire a été créée il y a quelques années. Elle fonctionne principalement grâce à la générosité d’André Bénac [6].

J’ai l’honneur de vous informer qu’une cantine scolaire fonctionne au Quinquis-Fouesnant sous la direction de l’instituteur public et sous les auspices d’un certain nombre de personnes dévouées aux œuvres laïques, principalement M. Bénac ancien avocat au Conseil d’État, ancien directeur au ministère des Finances, propriétaire à Beg-Meil.
Cette cantine revêt le caractère d’une œuvre de bienfaisance personnelle ; elle ne possède ni statuts ni état des recettes et des dépenses. Elle consiste à donner pendant la mauvaise saison (3 mois au minimum) des soupes chaudes aux enfants qui fréquentent les écoles publiques du Quinquis. Actuellement, 40 garçons et 38 filles ont ainsi, à midi, un repas chaud qu’ils prennent dans la classe de l’instituteur, sous la surveillance de celui-ci et de l’institutrice.
Les ressources viennent de dons en espèces faits par M. Bénac et qui se montaient à 200 F environ les années dernières ; cette année, si je suis bien renseigné, les générosités de M. Bénac seront plus grandes encore.L’instituteur a, d’autre part, reçu de différentes personnes une somme totale de 30 F.
Le montant de tous ces dons permet de fournir gratuitement une soupe aux légumes à 20 enfants indigents ; les autres enfants apportent leur pain et on leur trempe la soupe que Mme Kervarec, femme de l’instituteur, se charge de préparer et de distribuer aux uns et aux autres.
Elle reçoit pour ce soin une petite rétribution de la part de M. Bénac. [...]

Archives départementales du Finistère, 2 O 878, courrier de l’inspecteur d’académie au préfet, 10 décembre 1912.

 
L’instituteur cité dans le courrier est Louis Kervarec, né à Pouldergat en 1868.
Sa femme s’appelle Marie-Louise Pape, née à Plovan en 1880.
 

➥ Aujourd’hui

École du Quenquis, commune de Fouesnant. Cliché 2023 © Bernard Kerneis.

L’école ferme le 31 août 2012 [7] et est transformée en Accueil de Loisirs Sans Hébergement (ALSH).




[1Au XIXe siècle, le Finistère comprend 5 arrondissements : Brest, Châteaulin, Morlaix, Quimper et Quimperlé.
Gallica /BnF, loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), tableau des départements et des arrondissements communaux de la République Française.
L’arrondissement de Quimperlé est supprimé le 10 septembre 1926 et est rattaché à celui de Quimper.

[2CHALOPIN (Michel), L’enseignement mutuel en Bretagne de 1815 à 1850, Éducation. Université Rennes 2, 2008, p. 15-16.

[3Estimation de population effectuée d’après les dénombrements de population des communes rurales. Archives départementales du Finistère, série 6 M.

[4Persée, circulaire du 15 juin 1876 relative à la construction des écoles primaires.

[5Gallica.bnf.fr / BnF, JO du 27 mai 1893, Landrévarzec était un hameau de Briec jusqu’au 25 mai 1893.

[6Wikipédia, André Bénac.

[7L’Annuaire de l’éducation, liste des établissements fermés.




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Dernière modification le 27 mai 2026.